L'autel baroque classé monument historique constitue la pièce majeure du mobilier de la chapelle. Installé par les Jésuites de Molsheim en 1717 et peint en nuances de faux marbres gris par Johann Caspar Bittel de Sélestat en 1724, il est représentatif de l'art religieux du premier quart du XVIIIème siècle où l'on fait appel en Alsace aux artistes Souabes qui diffusent l'art en honneur autour du lac de Constance. La "beauté" gagne les campagnes. Même s'il n'est pas signé on peut aisément attribuer la paternité de l'oeuvre à l'atelier de sculpture Winterhalder de Gengenbach dont certains élèves s'établissent en Alsace vers 1720. Des rétables de leur production subsitent notamment à Ebersmunster, Dambach-la-Ville, Kientzheim, Niederentzen, Dachstein ou encore Lautenbach. Ils se distinguent par leurs colonnes torses, leurs jouées sculptées, ainsi qu'un décor végétal abondant doré et argenté carcatérisé par de nombreuses chutes de fleurs et de feuilles.

 

La remise en peinture de l'intérieur de la chapelle a mis en évidence le niveau d'encrassement général de l'autel qui tranchait avec les nouvelles teintes. Par ailleurs la désolidarisation d'éléments sculptés et la présence de pièces pulvérulentes invitait à prendre une initiative pour garantir la pérennité de l'oeuvre.  Un projet de restauration a vu le jour en 2016 après l'expertise du Conservateur des Monuments Historiques. Il consiste à réparer, traiter, remplacer et consolider les boiseries et à nettoyer les peintures et les dorures. 

Au cours des travaux de peinture l'autel livre ses secrets et la restauration se dirige progressivement vers un travail nettement plus aboutit qui permet de restituer le décor d'origine du XVIIIème siècle. Dévernissages, sondages et mises à nu du bois laissent apparaître des vestiges qui ont échappés aux adaptations des goûts artistiques en vogue à la fin du XIXème siècle. Face à ces découvertes il fallait opérer un choix sachant que le retour à la configuration d'origine allait générer 60% de dépenses supplémentaires sans compter l'acquisition d'une nouvelle statue mariale devant orner décemment la niche de l'autel. Les Amis du Kloesterlé soutenus par leurs généreux donateurs ont opté pour la restitution du décor originel qu'on peut admirer depuis mai 2018, au terme d'un chantier de 18 mois.