Un lieu de pèlerinages et de dévotions populaires


Détail de l'autel : la coquille saint Jacques, symbole des lieux de pèlerinages et des pèlerins.

Au dessus on observe le monogramme de la Vierge Marie (AM) abréviation de AVE MARIA


L’histoire des pèlerinages est très fluctuante. Il est très difficile de déterminer avec précision et rigueur l’origine des pèlerinages où la réalité historique et la légende se mêlent. Même si un événement précis est souvent fondateur, il est enrichi et transformé par l’imaginaire local. En Alsace, à la fin du Moyen Âge, à côté des grands pèlerinages dont le rayonnement s’étendait à toute la chrétienté, surgirent des sanctuaires qui n’attiraient que des voisins – ou presque –, mais dont le semis était très dense. C’étaient là des « pèlerinages à bon compte » où l’on venait le dimanche – ou le samedi – et le jour de la fête patronale.
On ne sait pas quand le Kloesterlé est devenue un pèlerinage rural dédié à saint Barthélémy et à Notre-Dame des Douleurs. Les premiers indices matériels susceptibles de prouver l’existence d’un pèlerinage remontent à l’inventaire des biens établit par le prieur Ludovicus Wyss en 1490. Il cite l’existence d’un autel orné d’une statue de la Vierge Douloureuse dotée de trois manteaux, surmontée d’un tableau de saint Barthélémy. Parmi les objets du culte on relève une croix de procession et des bannières. Le logement des moines comporte aussi un grand réfectoire équipé de tables et bancs pour accueillir les pèlerins de passage.
Les pères Jésuites de Molsheim développèrent leur zèle apostolique autour des pèlerinages. En dehors du Kloesterlé ils animaient également les pèlerinages d’Altbronn, Wiwersheim et Neunkirch. Autour de l’image de la Piéta ils organisèrent à Laubenheim principalement un sanctuaire de répit comme en témoignent plusieurs documents du XVIIIème siècle. Dans l'Europe chrétienne la naissance d'un enfant mort-né est un triple drame. Au chagrin de perdre un enfant s'ajoute pour les parents l'impossibilité de le faire baptiser (condamnant ainsi le petit mort à errer comme une âme en peine et pour l'éternité dans les limbes, sans espoir de salut), et l'interdiction de le faire inhumer en terre consacrée dans le cimetière paroissial. Cette béance de l'enfant sans nom, sans trace dans la lignée, sans lieu d'ancrage et sans repos, est insupportable. Aussi, quand il s'avère que, décidément, l'enfant est bien mort (parfois, on l'a déjà enterré, et ce sont les supplications de la mère torturée par l'angoisse qui poussent l'entourage à déterrer le petit corps), des proches, accompagnés de l'accoucheuse, transportent le cadavre jusqu'à un « sanctuaire à répit » où il sera exposé à proximité de l'autel d'un saint protecteur ou d'une Vierge. Pendant le temps que dure l'exposition, l'entourage de l'enfant et l'assistance présente au sanctuaire guettent la brève apparition de quelques « signes de vie » : un épanchement, une chaleur, une couleur vermeille qui monte au visage, un membre qui semble bouger... On appelle alors d’urgence le prêtre desservant ou un religieux et l'enfant est baptisé, parfois en présence d'un parrain et d'une marraine. Le répit ainsi accordé par Dieu, ne dure que quelques minutes, voire quelques heures. Mais c'est suffisant pour faire de l'enfant un chrétien assuré du salut éternel, un membre à part entière de la famille et de la communauté, et pour apaiser l'angoisse des parents qui peuvent alors « faire leur deuil ». Si l’on se réfère aux ex-votos qui ornaient la chapelle en remerciement des grâces obtenues, Notre-Dame de Laubenheim était également invoquée lors des grossesses difficiles et contre toutes sortes de maladies et fléaux, car dans la cour des saints, elle fait office de « médecin généraliste ».
La Vierge Douloureuse était plus particulièrement célébrée par les habitants de Mollkirch et des environs le vendredi avant les Rameaux et lors de la Fête de Notre-Dame des Douleurs, le 15 septembre. Le clergé desservant Mollkirch a toujours eu le souci de la vie cultuelle de la chapelle durant les XIXème et XXème siècles. Il y célébrait une Messe hebdomadaire, y tenait les processions des Rogations et de l’Assomption de même que la célébration solennelle des deux fêtes patronales avec une bonne fréquentation des fidèles des environs. Le culte marial se recentrait sur la dévotion  quotidienne du Mois de Marie en mai ou encore la Supplique à Notre-Dame du Perpétuel Secours introduite dans la paroisse en 1933 par les Rédemptoristes du Bischenberg.
Le pèlerinage de saint Barthélémy, fêté le 24 août, déjà attesté au XVIème siècle, est plus fréquenté que les fêtes mariales. Les Jésuites lui donnèrent un éclat particulier en déployant leur pastorale missionnaire (prédications édifiantes, confessions, communions, examens de conscience, diffusion de dévotions et de feuillets de piété) auprès des populations rurales. La fête de l’apôtre Barthélémy où les pèlerins des environs de Rosheim, Molsheim et Obernai affluaient en grand nombre, constituait un terrain favorable pour l’évangélisation de sorte que des indulgences propres à ce pèlerinage local furent accordées par Rome à partir de 1735. Le succès du pèlerinage de saint Barthélémy, se maintiendra jusqu’au lendemain de la Seconde Guerre mondiale. Au tournant du XXème siècle tout le clergé du canton de Rosheim était présent. Les pèlerins sollicitaient l’intercession du martyre pour les maux de tête d’après l’enquête diocésaine de 1883. A côté de ces manifestations officielles il ne faudrait pas oublier ces pèlerins anonymes d’hier et d’aujourd’hui, ces chercheurs de Dieu qui viennent implorer à Laubenheim le secours divin par l’intercession des saints qui y sont honorés. 



Tableau de saint Barthélémy portant un couteau, symbole de son martyre.

Cette représentation est typique du XVIIIème siècle, où l'image du saint patron

du lieu de culte, domine le maître-autel.


EX-VOTO

 

Le pèlerin miraculé va beaucoup plus loin dans le rapport avec le divin car il doit être généreux envers le saint qui l'a écouté et guéri. Pour cela il offre des ex-voto. La présence d'ex-voto au Kloesterlé est attestée dès 1735.  Jusqu'en 1964 de nombreux ex-voto, allant de la simple plaque de bois ou de marbre jusqu'aux petits tableaux peints, ornaient les deux cotés de la nef. Pour les autorités religieuses ce type d'ex-voto a toujours été suspect, voire source de superstitions si bien que s'attaquer à l'ex-voto est le meilleur moyen de s'en prendre à la dévotion des fidèles. Avant la fermeture d'un sanctuaire douteux, les évêques interdisaient d'abord l'exposition de ces objets. A Laubenheim, ils furent victimes de la mentalité du clergé de l'époque imprégné des directives du Directoire diocésain d'art sacré publié en 1955 qui ordonnait de supprimer pour la décoration : "tout ce qui est faux et inutile, éviter le mauvais goût et la surcharge". A la décharge de ces prêtres il faut préciser que la valeur et l'intérêt pour les ex-voto comme témoins du passé et des mentalités, dignes d'êtres conservés et étudiés, ne date que des années 1970 où sont publiés les premiers travaux d'historiens et de sociologues.

 

Quatre tableaux au moins, rescapés de ce "nettoyage" on été conservés à la sacristie de l'église de Mollkirch où ils furent photographiés en 1985 dans le cadre des enquêtes sur le Patrimoine des communes menées par la Direction Régionale des Affaires Culturelles. Ces photographies sont reproduites ci-dessus. Depuis, malgré des fouilles et recherches intensives, ces tableaux restaient introuvables. 

Le mercredi 24 février 2016, huit ex voto sont découverts par hasard dans un grenier à proximité de la chapelle dont les quatre qui furent inventoriés. Depuis, ils ont retrouvés leur place à la chapelle.