Le " KLOESTERLE " : 900 ans d'Histoire

Regroupement d'éléments anciens : la porte romane du XIIème siècle et la plaque commémorative de la restauration de 1485 avec le blason de l'abbé Jean Stoer.
Regroupement d'éléments anciens : la porte romane du XIIème siècle et la plaque commémorative de la restauration de 1485 avec le blason de l'abbé Jean Stoer.

La chapelle de Laubenheim, appelée « Kloesterlé » (petit monastère) depuis le milieu du XVIe siècle doit son existence aux comtes d’Eguisheim-Dabo, propriétaires du château du Guirbaden. Le membre le plus illustre de cette famille, Léon IX, fut pape de 1049 à 1054. Son petit-neveu, Bruno (vers 1050-1102), fils du comte Henri Ier, était destiné à une carrière ecclésiastique. Il devint archidiacre de Toul et doyen du chapitre de la collégiale de saint Gengoult durant l’épiscopat de Pibo de Toul (1070-1107). D’après les travaux historiques récents, il fit ériger une chapelle à Laubenheim, au pied du château familial du Guirbaden, à la fin du XIème siècle. Avec la construction de cet édifice religieux Mollkirch-Laubenheim entre dans l’Histoire.


ses origines

Regroupement d'éléments anciens : la porte romane du XIIème siècle et la plaque commémorative de la restauration de 1485 avec le blason de l'abbé Jean Stoer.
Regroupement d'éléments anciens : la porte romane du XIIème siècle et la plaque commémorative de la restauration de 1485 avec le blason de l'abbé Jean Stoer.

De la chapelle de Bruno, nous ignorons tout : son apparence, ses dimensions et sa vocation. Il faut attendre 1137 pour trouver une première mention écrite. Une charte rédigée cette année là, rapporte la consécration de la chapelle de Laubenheim par Guebhard, évêque de Strasbourg (1131-1141), en présence du comte Hugues VII, neveu de l’archidiacre Bruno. Il était accompagné par son épouse Gertrude et entouré de plusieurs familles nobles. La consécration est un événement majeur dans l’histoire d’un lieu de culte. Il constitue en général l’ouverture à la vie liturgique après la fin des travaux de construction.. Trente cinq ans après la disparition de Bruno ont peut envisager une rénovation, un agrandissement ou bien encore une reconstruction de la chapelle. La charte nous apprend qu’elle est dédiée à Marie, la sainte Mère de Dieu, à saint Barthélémy, à saint Laurent, saint Georges, saint Rémy et sainte Euphémie. C’est à l’occasion de cette consécration que Hugues VII décide d’augmenter l’espace foncier de la chapelle de quelques hectares et de faire don de l’ensemble du domaine à l’abbaye de Lure située en Haute-Saône. Fondée au début du VIIème siècle par saint Desle, cette abbaye bénédictine, bénéficiait depuis longtemps de la protection des comtes d’Eguisheim. Des moines de Lure vinrent s’installer à Laubenheim dans le cadre d’un prieuré régit par la règle de saint Benoît où les journées se divisent entre la prière et le travail. Conformément au voeu du comte Hugues les moines devaient plus spécialement prier pour son père, le comte Albert et son oncle, l’archidiacre Bruno. Une bulle du pape Alexandre III confirme en 1178 la propriété du prieuré de Laubenheim et de ses terres à l’abbaye de Lure. De cette époque il ne subsiste aujourd’hui que le portail roman de la façade Est dont le tympan en demi-cercle est décoré d’entrelacs en forme de bretzels.


La restauration de 1485 et les troubles du XVIe siècle

Vestiges de fenêtres de style gothique du XVème siècle
Vestiges de fenêtres de style gothique du XVème siècle

Entre la fin du XIIe siècle et l’année 1485 on perd la trace du prieuré de Laubenheim. Les archives sont muettes pour cette longue période où la configuration du site a probablement pu changer. Cependant, en 1485 les moines de Lure sont toujours présents. L’abbé Jean Stoer, anciennement doyen de l’abbaye de Murbach dans le Haut-Rhin, puis Abbé de Lure à partir de 1458, entreprend une sérieuse rénovation des bâtiments qui étaient dans un état de délabrement avancé. La chapelle qui menaçait ruine à fait l’objet d’une reconstruction dépassant la somme de 300 gulden. Les murs, la toiture et le clocher ont été refaits à neuf. Une seconde cloche fut offerte par l’abbé Stoer ainsi que de précieux objets de culte. Pour la communauté monastique il fit construire un nouveau logement en pierre. Selon une description très précise du site établie en 1490 par le prieur Ludovicus Wysss, la communauté devait compter cinq membres. L’inventaire de leurs outils et de leur équipement montre qu’il maîtrisaient de nombreuses techniques et qu’il pouvaient vivre dans la vallée de la Magel grâce à une agriculture d’autosubsistance. Durant le premier tiers du XVIe siècle, les idées de la Renaissance, de la Réforme protestante et les revendications de justice sociale se diffusent dans les campagnes alsaciennes. Dès mars 1525 les habitants de Mollkirch se révoltent contre le seigneur de Rathsamhausen : c’est une des premières manifestations de la Guerre des Paysans qui vise à abolir le système féodal et fonder un monde meilleur. Abbayes et couvents figurent parmi les cibles des révoltés. C’est sans doute dans ce contexte agité que le prieuré est supprimé. Une notice de 1555 confirme l’abandon du prieuré où l’on ne célèbre plus qu’un seul office par an ; la fête patronale de saint Barthélémy le 24 août. Cette fête était associée à la foire annuelle organisée par le seigneur de Rathsamhausen. Elle attirait beaucoup de monde des environs. Le dernier moine de Lure, un certain « prêtre Hans » serait décédé en 1549. En 1558, les abbayes de Lure et des Murbach s’unissent. Murbach hérite du Kloesterlé et de l’intégralité de ses biens. En 1589, les bâtiments sont loués à un fermier qui doit assurer la célébration de la messe tous les quinze jours par un prêtre ou un religieux des environs. En 1603, l’ancien logement du prieuré devenu vétuste est remplacé par une nouvelle maison.


Des Jésuites de Molsheim à l'époque contemporaine

Arc  triomphal avec mention de la rénovation du XVIIIème siècle
Arc triomphal avec mention de la rénovation du XVIIIème siècle

L’année 1616 marque un tournant dans l’histoire du Kloesterlé. L’évêque de Strasbourg, Léopold d’Autriche, déjà administrateur de Lure et de Murbach, offre la chapelle et ses dépendances aux Jésuites installés à Molsheim depuis 1580. Durant toute l’administration des Jésuites, le domaine du Kloesterlé est un modèle d’exploitation agricole. En face de la chapelle on trouve des maisons, granges et écuries pour l’usage des locataires et une maison de journalier située derrière la chapelle. Sur le ban de Laubenheim les pères de Molsheim possèdent 23 hectares répartis en terres labourables, prairies et parcelles de bois. Dans les localités des alentours la chapelle possédait encore 62 hectares divisés en prairies, champs et vignes sur les bans de Rosenwiller et Rosheim. Les revenus dégagés par ces possessions permirent probablement aux Jésuites d’entreprendre une conséquente rénovation de la chapelle en 1720 comme l’atteste la date sculptée sur l’arc triomphal du choeur. L’optique baroque fut retenue pour la décoration intérieure avec notamment un plafond stuqué où figure le blason des Jésuites, un autel richement orné peint par Johann Caspar Bittel de Sélestat en 1724 et une belle Piéta en bois sculpté, malheureusement volée en 1975. Un terrier de 1721 souligne l’ampleur des travaux effectués sur le site : la maison, la cour, les étables et les granges furent reconstruites à neuf (actuels bâtiments en face de la chapelle). C’est là qu’on trouve la première mention d’une tuilerie-briqueterie vraisemblablement installée avant les travaux pour fournir les matériaux nécessaires aux divers chantiers engagés. Sur le plan spirituel les Jésuites exploitent ce site antique en refondant un pèlerinage local autour de la dévotion à Notre-Dame des Douleurs et à saint Barthélémy. Il connaît un certain rayonnement (cf. page « Pèlerinages »). En novembre 1764, paraît l’édit du roi Louis XV, qui ordonne l’expulsion des Jésuites de France. Totalement dévoués au Saint-Siège, ils étaient devenus suspect pour le pouvoir absolutiste, le Parlement de Paris et les philosophes des Lumières. Les derniers Jésuites quittent Molsheim en septembre 1765. Leurs biens sont désormais gérés par une commission épiscopale. Durant la Révolution, le Kloesterlé et ses dépendances eurent le statut de biens nationaux. La maison, les bâtiments agricoles, la tuilerie et les terres furent mis en adjudication à des particuliers. Avec la conclusion du Concordat la chapelle revint à la paroisse de Mollkirch. Depuis l’an 2000 elle appartient officiellement à la Commune de Mollkirch. Au cours du XIXe siècle on ne relève pas d’interventions particulières à l’exception d’une remise en peinture intérieure et la fourniture de nouveaux vitraux en 1883. Les archives paroissiales mettent en évidence le soin apporté à la chapelle tout au long du XXe siècle et la fréquentation régulière de fidèles originaires des environs. En 1955, la charpente et le revêtement extérieur ont été refaits avec le mécénat de l’entrepreneur Charles Friederich. Une remise en peinture intérieure au printemps 1964 à permis de dégager le portail roman et de découvrir des vestiges gothiques. Malheureusement cette initiative fut l’occasion d’appliquer les normes iconoclastes d’art sacré de l’époque conjuguées à une interprétation erronée du Concile Vatican II. Le sanctuaire a été dépouillé des splendeurs qui faisaient son identité : peintures décoratives, ex-votos, ainsi que de nombreux objets de piété et d’ornement (statues, tableaux, chandeliers...). L’expression des croyances populaires a été radicalement gommée. L’autel baroque fut sauvé de la destruction grâce à la résistance des paroissiens. En voulant « changer la religion » on a perdu bien souvent la dignité et le sens du sacré. La meilleure illustration du changement de mentalité est caractérisée le vol de la précieuse Piéta des Jésuites dans le nuit du 15 au 16 août 1975. Malgré les mutations contemporaines marquées par d’individualisme et le recul des valeurs, les habitants de Mollkirch-Laubenheim continuent de se mobiliser pour le Kloesterlé. En 1987, l’implication des retraités du village permet la pose d’une nouvelle couverture en tuiles plates.


Aujourd'hui et demain

Signature et datation au dos de l'autel
Signature et datation au dos de l'autel

Le poids des années stigmatise la chapelle vers le tournant de l’an 2000 et on commence à songer à son avenir. En 2010, un projet de rénovation est esquissé. Il se concrétise par une année de chantier entre l’automne 2014 et l’automne 2015 (cf. page Restauration 2015). Cette occasion permet de mesurer l’attachement de la population locale et des environs à la chapelle. Concrètement cela se traduit par la générosité des donateurs dont les efforts financent un quart des dépenses et la vitalité de l’Association des Amis du Kloesterlé qui recense 140 membres. La préparation et l’aboutissement du projet de rénovation ont atteint un but dépassant le strict cadre matériel : la redécouverte de la valeur historique, culturelle, archéologique, spirituelle et patrimoniale de ce lieu retraçant plus de 900 ans d’Histoire, certes locale, mais ouverte par ses ramifications à des cadres spatio-temporels et culturels beaucoup plus vastes, voire insoupçonnés quand on observe à première vue l’édifice. La rénovation de 2014-2015 ne marque pas un point final puisqu’il s’agit maintenant de faire vivre le Kloesterlé dans sa vocation spirituelle et culturelle en le faisant découvrir au public. Le plan de restauration de 2010 n’a pas pu englober tous les besoins et à l’horizon 2016-2017 se profile la rénovation du maître-autel...